Une Bible restaurée grâce à la Fondation Belle-Main
Les réserves de la Bibliothèque Henri de Lubac comptent de nombreuses éditions de la Bible imprimées en diverses langues, en tous lieux et au fil des siècles.
Les réserves de la Bibliothèque Henri de Lubac comptent de nombreuses éditions de la Bible imprimées en diverses langues, en tous lieux et au fil des siècles. Parmi les plus curieuses de ces éditions, une en particulier peut intriguer l’amateur d’histoire.
Il s’agit d’une édition grand format, in-folio. A son aspect on perçoit aisément qu’il s’agit d’une Bible d’usage, lue, consultée, étudiée très probablement à maintes reprises si l’on se fie à la reliure endommagée, au papier froissé, aux taches d’une autre époque et aux réparations sommaires.
La page de titre, ornée d’une grande marque gravée, nous annonce le texte de la Bible dans la version dite de Louvain, imprimée par Barthélémy Honorat à Lyon en 1585. Mais le lecteur averti découvrira qu’il n’en est rien. Il s’agit d’un masque, composé de cette page de titre, de l’extrait du privilège royal et des approbations ecclésiastiques. S’ensuit en réalité la version de Genève, imprimée par Jacob Stoer en 1580.
Comme en témoigne la reliure de basane et son dos décoré à chaud aux petits-fers, l’ouvrage a été relié à nouveau probablement à la fin du XVIIe siècle ou au début du XVIIIe. On peut donc supposer que ce masque a été inséré à ce moment, suite à la Révocation de l’édit de Nantes, afin de dissimuler le texte protestant aux dragons. Ces soldats ne sachant pas nécessairement lire, on leur avait appris à reconnaître la page de titre de la Bible, raison pour laquelle elles ont souvent été arrachées ou substituées. Être trouvé en possession d’une Bible de Genève engendre des risques considérables, aussi divers stratagèmes ont été imaginés pour s’en prémunir : les Bibles sont cachées derrière un miroir, sous un tabouret, dans un mur, ou encore éditées dans des formats minuscules pour être dissimulées dans les cheveux : ce sont les « Bibles de chignon ».
Pour cette édition grand format, les possibilités de cachette sont limitées, aussi la page de titre a-t-elle remplacée par ses propriétaires. Il s’agit d’une édition richement ornée de lettrines décorées et de grandes illustrations et cartes gravées sur bois.
Ainsi dissimulé l’ouvrage a pu poursuivre son usage, comme en témoigne la grande usure de la reliure. La bibliothèque Henri de Lubac va donc faire appel à un atelier de restauration lyonnais afin de nettoyer et réparer l’ouvrage dans son intégralité : de la reliure de cuir aux pages de papier. Un travail de plus de vingt heures a été estimé pour nettoyer, défroisser, réparer, recoudre et combler les parties lacunaires. Un travail minutieux qui nécessite un savoir-faire ancien.
Cette restauration est rendue possible par l’aide de la Fondation Belle-Main. L’objectif de la Fondation est en effet de sauvegarder les métiers d’artisanat et de participer à la conservation du patrimoine en aidant au financement de restauration d’objets patrimoniaux. Dans le cadre de la collecte de fonds engagée par la bibliothèque Henri de Lubac avec le soutien de la Fondation Patrimoine, la Fondation Belle-Main a décidé de subventionner la restauration de cette Bible de Genève, en reconnaissance de sa valeur historique et patrimoniale. L’ouvrage a été confié aux mains d’une restauratrice et pourra à nouveau être consulté et étudié dans les prochains mois.
https://bu.ucly.fr/opac/resource/la-bible-qui-est-toute-la-saincte-escriture-contenant-le-vieil-le-nouveau-testament-ou-la-vieille-la/UCL00307362
